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HAUT COMITÉ POUR LE LOGEMENT
DES PERSONNES DÉFAVORISÉES
 

Accueil des réfugiés, organisons-nous ! Tribune de Marie-Arlette Carlotti, présidente du HCLPD

publié le 14 septembre 2015

Tribune à retrouver sur le site http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1418845-refugies-organisons-nous-nous-avons-le-devoir-de-leur-offrir-l-asile-et-de-les-proteger.html

Il n’aura fallu qu’une photo, dramatique, pour que la peur de l’autre cède la place à l’empathie et que les européens retrouvent leurs réflexes historiques d’accueil et de solidarité. Désormais les réfugiés sont une réalité et portent les traits innocents d’un enfant qui se noie.

Avec le réveil des opinions publiques, les choses bougent enfin et la France se mobilise. Les maires en particulier prennent des initiatives et tentent de trouver des solutions. Je salue leur courage car il en faut beaucoup pour répondre aux discours sécuritaires simplistes, à l’indifférence facile et au repli sur soi. La crise humanitaire qui se joue aux portes de notre continent européen mérite toute notre attention et suppose que nous portions une réflexion commune pour l’affronter avec lucidité.

Ces hommes, ces femmes et ces enfants n’ont pas d’autre choix que la fuite quand ils quittent la Syrie, l’Irak ou l’Erythrée car ils n’ont pas d’autre avenir que celui de la terreur, du fanatisme et des bombes. Nous avons le devoir moral et politique de leur offrir l’asile et de les protéger.

Et même si certains sont tentés de fermer nos portes, nous ne devons pas oublier les 450 000 espagnols fuyant l’écroulement de leur République qui passèrent la frontière en 1939. Nous ne devons pas non plus oublier l’extraordinaire mobilisation en faveur des boat people, en 1979, offrant à 128 000 réfugiés la possibilité de refaire leur vie dans notre pays. Dissidents, opposants, résistants… La France terre d’accueil a toujours été fière d’ouvrir ses bras aux opprimés et aux persécutés.

Confrontée à ce problème, l’Union Européenne est restée trop longtemps silencieuse et ce n’est pas à son honneur. Aujourd’hui, sous l’impulsion d’Angela Merkel et de François Hollande, elle se prépare à agir en proposant l’accueil et la répartition de 120 000 réfugiés. Nous aimons l’Europe dans ces circonstances où sa conscience généreuse, enfin éveillée, résonne sur toute l’humanité.

Le Président de la République propose que la France prenne sa part à hauteur de 24000 réfugiés. C’est un début encourageant, sans doute très en dessous des besoins réels mais il ne fait aucun doute que notre pays a les moyens de remplir cet objectif avec dignité et responsabilité.

Depuis quelques années le nombre de places en Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) a sensiblement augmenté. Pourtant les dispositifs d’accueil saturent et les associations sont à bout de souffle. L’Etat doit absolument renforcer les aides sociales et financières à l’intégration et créer de nouvelles places en centre d’accueil. Mais il faut aussi travailler sur des solutions pérennes de logement car les places proposées en centres d’accueil ne sont par nature que transitoires.

Le Haut Comité pour le Logement des Personnes Défavorisés encourage les maires à faire des propositions et salue les nombreuses initiatives concrètes qui ont déjà été prises. Elles démontrent qu’avec de la volonté, du courage et de l’imagination rien n’est impossible. Il s’agit dans un premier temps d’identifier des solutions d’hébergement d’urgence, en lien avec l’Etat et les associations. Puis il faudra trouver des solutions plus pérennes pour ceux qui auront été reconnu légalement sous le statut de réfugié. Le réseau des villes solidaires doit s’enrichir pour démontrer qu’au-delà des solutions techniques, qui existent, nous sommes liés par des valeurs communes qui nous honorent et qui font aussi la grandeur de notre pays.

Le Haut Comité propose de mobiliser une partie du parc social laissé vacant pour loger les réfugiés. Ces derniers disposant d’un statut clair et ne se posant pas en concurrence avec d’autres publics en grande précarité. 77 310 logements sociaux sont aujourd’hui en attente de locataires, notamment dans les secteurs où la demande est faible. Identifions ces logements, définissons des critères et des conditions d’accueil, procédons à une répartition géographique équilibrée et actionnons l’ensemble des leviers sociaux, économiques et institutionnels susceptibles de contribuer à une intégration harmonieuse de ces populations.

Marie Arlette Carlotti
Ancienne Ministre
Députée,
Président du Haut Comité pour le Logement des Personnes Défavorisées.

 
 
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